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L’intelligence artificielle et la formation des avocats : anticiper la mutation plutôt que la subir

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Publié le 21.10.2026

L'intelligence artificielle générative s'invite désormais dans le quotidien des cabinets d'avocats — et, par ricochet, dans celui des organismes qui les forment. Chez Académie LX, nous avons choisi de ne pas la regarder comme une menace ni comme une mode, mais comme un levier qui redéfinit, en profondeur, cinq dimensions de notre activité : notre proposition de valeur, notre ingénierie pédagogique, notre relation avec les participants, l'apport que nous offrons à nos formateurs, et, sans nul doute, ce qui ne se remplacera jamais.

1. Pourquoi se former encore, quand l’IA répond à tout ?

C’est la question qu’un avocat peut légitimement se poser : à quoi bon suivre une formation structurée quand une IA générative répond en quelques secondes à n’importe quelle interrogation de procédure ? La question mérite d’être prise au sérieux et la réponse commence par une mise en garde.

La fiabilité, d’abord

Une IA générative peut se tromper de bonne foi : citer un article abrogé, inventer une référence de jurisprudence, ou lisser une nuance procédurale essentielle. Ce risque, bien identifié, n’est pourtant pas le cœur du sujet. Même lorsque l’IA répond juste, elle ne garantit pas que l’avocat pose la bonne question.

Savoir quoi demander

C’est là que se situe, selon nous, la vraie valeur ajoutée d’une formation : elle ne se contente pas de fournir des réponses, elle structure le champ des questions. Un avocat seul face à une IA n’interroge que ce qu’il sait déjà devoir interroger. Révèlemation, elle, révèle les angles morts, les points de vigilance que l’on ne pense pas à chercher tant qu’on ignore qu’ils existent.

Ce que l’IA ne recrée pas : le collectif

Une formation, c’est aussi une salle (qu’elle soit virtuelle ou physique). C’est le retour d’expérience d’un confrère confronté à la même difficulté, avec une pratique différente selon la taille de son cabinet ou son barreau. C’est, dans certains de nos modules, un dialogue construit entre deux points de vue professionnels (l’avocat et le commissaire de justice, l’avocat et l’avocat au Conseil, l’avocat et le gestionnaire de paie, etc.). Cette confrontation contradictoire, cette intelligence collective, ne se substitue pas à un prompt : elle se vit.

Une reconnaissance que l’IA n’a pas

Enfin, la formation continue reste un acte professionnel tracé, reconnu par chacun des Ordre des avocats du teeritoire, structuré par la certification Qualiopi. L’usage individuel d’une IA, aussi pertinent soit-il, ne remplit ni cette obligation déontologique ni cette exigence de traçabilité.

Un organisme cohérent avec ce qu’il enseigne

Cette proposition de valeur n’a de sens que si l’organisme qui la porte applique à lui-même ce qu’il recommande. Un centre de formation qui invite les avocats à un usage raisonné de l’intelligence artificielle se doit d’en avoir fait l’expérience, avec ses apports, mais aussi ses limites. C’est une question de cohérence autant que de crédibilité.

2. Une ingénierie pédagogique recentrée sur l’essentiel

Concevoir une formation implique une part significative de tâches récurrentes et faiblement créatrices de valeur : veille, mise à jour de contenus, travail administratif, notamment. Ces tâches sont aujourd’hui largement maîtrisées par les outils numériques, ce qui ne bouleverse pas notre métier, mais accélère une évolution déjà engagée. Le vrai changement n’est pas dans la tâche elle-même : il est dans le temps qu’elle libère.

Du temps pour le terrain

Ce temps regagné, nous choisissons de le réinvestir là où une machine ne peut pas nous remplacer : dans l’échange avec les praticiens participants, dans le recueil de leurs besoins, dans l’écoute de leurs difficultés quotidiennes. C’est cette matière vivante, et non un contenu théorique préexistant, qui nourrit, chacun de nos référentiels de compétences.

Des référentiels plus fins

Ce temps sert aussi à construire des compétences réellement ciblées, selon notre triptyque savoir / savoir-faire / savoir-être, plutôt que des programmes génériques calqués d’une session à l’autre.

Le droit à l’itération

Il sert enfin à tester, corriger, réajuster un module avant sa diffusion plutôt que de le figer faute de disponibilité. Une ingénierie pédagogique qui a le temps d’itérer est une ingénierie pédagogique qui progresse.

3. Une relation aux participants recentrée sur l’écoute

Le processus qualité qui encadre une formation (positionnement en amont, évaluation à chaud, mesure de la satisfaction) comporte, lui aussi, une part mécanique importante : envoi de questionnaires, relances, compilation des retours, traçabilité exigée par la certification Qualiopi. Bien réelle, cette charge finit souvent par empiéter sur la disponibilité que l’on souhaiterait consacrer au participant lui-même.

En confiant cette mécanique à l’intelligence artificielle, l’organisme retrouve la marge nécessaire pour que le recueil des besoins et de la satisfaction redevienne ce qu’il devrait toujours être : un vrai échange, une écoute, une conversation, et non un simple formulaire coché en fin de session.

4. Des formateurs qui restent des praticiens

Au sein de l’Académie LX, nos formateurs ne sont pas des professionnels de la formation. Ce sont des praticiens (avocats, avocats au Conseil, commissaires de justice, gestionnaires de paie, experts-comptables) reconnus dans leur domaine d’exercice. C’est un choix assumé, et c’est précisément ce qui, selon nous, répond à la vraie problématique de la formation continue : l’expérience de terrain, les cas réellement vécus, ou le retour d’expérience ne s’enseignent pas depuis une posture théorique. Ils se transmettent par des praticiens, pour des praticiens.

L’intelligence artificielle ne vient pas combler un manque : elle vient renforcer ce choix. Elle aide à structurer et mettre en forme pédagogiquement une intervention. Elle aide à formaliser et à vulgariser une expertise que le praticien maîtrise déjà sur le fond, mais qu’il n’a pas toujours le réflexe de rendre immédiatement transmissible. Déchargé de cette dimension technique, le formateur peut se concentrer intégralement sur ce que lui seul apporte : son expérience de terrain, ses cas vécus, sa lecture fine des risques professionnels.

5. Ce qui ne se remplace pas

Au terme de ce parcours, un constat se dessine : l’intelligence artificielle transforme la manière dont une formation se prépare, s’organise et se prolonge : elle ne transforme pas ce qui en fait la valeur. Elle ne pose pas la question que l’on ne savait pas devoir poser. Elle ne recrée ni le débat contradictoire entre pairs, ni la confrontation construite de deux points de vue professionnels. Elle n’a ni la reconnaissance déontologique ni la légitimité d’un organisme certifié. Et elle ne remplacera jamais un praticien racontant, avec ses mots, un dossier réellement vécu.

C’est cette conviction qui guide l’Académie LX : utiliser l’intelligence artificielle pour absorber ce qui peut l’être, afin de protéger et d’approfondir ce qui ne peut venir que d’un humain.

Une formation conçue par des praticiens, pour des praticiens : c’est ce que l’IA ne remplacera jamais, et c’est précisément ce qu’elle nous permet aujourd’hui de mieux servir.

Publié par

Anne-Claire COUVRAT

Directrice de l'Académie LX

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