Logo LX académie

Une académie

Logo LX innovation

Un lab innovation

Commissaires de justice

Une étude de commissaires de justice

Anciennement Huissiers de justice

Actualités / Articles

Présentiel, distanciel, e-learning : la modalité n’est pas une opinion, c’est un outil

Voir toutes les actualités

Publié le 03.11.2026

Dans le monde de la formation continue des avocats, le débat revient à intervalles réguliers, souvent sur un ton presque idéologique : faut-il défendre le présentiel comme seul gage de qualité pédagogique, ou embrasser le distanciel comme l'avenir inévitable de la formation professionnelle ? Cette opposition, aussi confortable soit-elle pour structurer une conversation de couloir, repose sur un malentendu. La bonne question n'est pas « quelle modalité est la meilleure ? » mais « quelle modalité sert le mieux telle compétence, pour tel public, à tel moment du parcours ? » Pour un organisme de formation, cette question n'est pas académique. Elle conditionne directement la conception des programmes, l'expérience des participants, et in fine la qualité de la formation dispensée. Décryptons les trois modalités qui structurent aujourd'hui l'offre de formation juridique, avant d'examiner leurs opportunités, leurs risques, et la manière dont elles doivent s'articuler dans la construction d'un programme.

Trois modalités, trois logiques différentes

Le présentiel reste la modalité de référence pour tout ce qui relève de l’interaction complexe : jeux de rôle, mises en situation contradictoires, ateliers de co-construction. Il permet une lecture fine des réactions du groupe, des ajustements en temps réel, et surtout la création d’un collectif. Son coût, en revanche, est structurellement plus élevé : déplacement, hébergement, disponibilité contrainte à une date et un lieu, uniques.

Le distanciel synchrone (classe virtuelle) conserve l’essentiel de l’interaction (questions en direct, échanges entre pairs, correction immédiate) tout en supprimant la contrainte géographique. C’est la modalité qui bénéficie le plus aux avocats exerçant loin des grands pôles de formation. Elle a cependant ses propres limites : la fatigue cognitive liée aux écrans, la difficulté à maintenir l’attention au-delà de deux à trois heures, et une perte partielle de la richesse non verbale qui structure les apprentissages en présentiel.

L’e-learning asynchrone, enfin, offre une flexibilité totale : le stagiaire avance à son rythme, revient sur un point mal compris, module son temps de formation autour de son activité. C’est un format redoutablement efficace pour la transmission de savoirs stabilisés. Il l’est beaucoup moins pour tout ce qui relève du savoir-faire ou du savoir-être, faute d’interaction et de mise en situation réelle.

Les opportunités : au-delà du confort, un enjeu d’accès

La diversification des modalités a d’abord été un enjeu d’accessibilité. Pour un cabinet de deux ou trois avocats en zone rurale, la formation continue obligatoire représentait historiquement un arbitrage coûteux entre temps de déplacement et activité facturable. Le distanciel a changé cette équation : il rend soutenable une montée en compétence régulière, sans sacrifier l’activité du cabinet.

Cette accessibilité ouvre aussi la voie à des formats pédagogiques nouveaux. Les sessions en duo, associant deux professionnels du droit sur une thématique commune, fonctionnent particulièrement bien en distanciel synchrone : le format resserre les échanges entre deux expertises complémentaires sans exiger une coordination logistique lourde entre intervenants de professions différentes.

Le distanciel se prête également très bien à la démonstration technique.

Sur les compétences numériques (utilisation de l’IA, veille réglementaire assistée par IA, par exemple), la classe virtuelle permet un partage d’écran en temps réel, un guidage pas à pas, et une reproductibilité immédiate par le participant sur son propre poste.

La démonstration vaut souvent mieux que la théorie : voir l’outil fonctionner en direct, avec ses limites et ses raccourcis, ancre l’apprentissage bien plus efficacement qu’un support explicatif statique.

Les risques : ce que la flexibilité peut coûter

Mais chaque avantage a son revers. Le premier risque, bien documenté, est celui du décrochage en e-learning pur : sans échéance, sans regard d’un formateur ou d’un pair, le taux d’achèvement des modules asynchrones chute significativement dès lors que le participant n’est pas guidé par une obligation forte ou un accompagnement minimal.

Le deuxième risque concerne le savoir-être. Une bonne partie de la formation continue des avocats vise, explicitement ou non, à développer une posture. Ces compétences se travaillent difficilement sans confrontation réelle, avec ses hésitations, ses silences, ses réactions non anticipées. Le tout-distanciel tend à aplatir ces situations, et le tout-e-learning les élimine purement et simplement.

Le troisième risque est plus structurel : celui de la conformité. Le référentiel Qualiopi impose une cohérence entre les modalités pédagogiques revendiquées et les moyens réellement mobilisés pour atteindre les objectifs de compétence. Un organisme qui basculerait massivement vers l’asynchrone pour des raisons de coût, sans repenser ses modalités d’évaluation et d’accompagnement, s’expose à un déséquilibre entre l’ingénierie affichée et la réalité pédagogique délivrée.

Enfin, il existe un risque plus diffus de fatigue générale face au distanciel synchrone lorsqu’il est utilisé par défaut pour tout type de contenu, y compris ceux qui gagneraient à être traités en asynchrone.

Le distanciel synchrone n’est pas gratuit non plus : il mobilise une plage horaire complète, avec la même exigence de concentration qu’un présentiel, sans les bénéfices relationnels du présentiel.

Construire un programme : la modalité comme variable d’ingénierie

C’est là que se joue le travail réel d’un organisme de formation : ne pas choisir une modalité par défaut ou par facilité, mais l’arbitrer compétence par compétence, en fonction de la nature du savoir visé.

Un référentiel de compétences structuré autour du triptyque savoir / savoir-faire / savoir-être offre à cet égard une grille de lecture opérationnelle.

Les compétences relevant du savoir pur (connaissance d’un dispositif réglementaire, compréhension d’une réforme procédurale, par exemple) se prêtent bien à l’e-learning asynchrone, éventuellement complété d’un temps de questions-réponses synchrone pour lever les points de blocage.

Les compétences de savoir-faire (construction d’une stratégie procédurale, rédaction d’actes, usage d’un outil numérique) trouvent leur place naturelle en distanciel synchrone avec démonstration live et mise en pratique guidée.

Les compétences de savoir-être (négociation, gestion de la relation, animation collective) restent, sauf exception, le domaine du présentiel ou, à défaut, de formats duo en petit groupe où l’interaction reste dense.

Cette logique se retrouve concrètement dans la construction d’un programme : au sein d’un même cycle de formation, il n’est pas rare de combiner un module e-learning de mise à niveau réglementaire, une session en classe virtuelle pour l’appropriation d’un outil ou d’une méthode, et un temps présentiel pour l’ancrage des postures professionnelles.

Cette architecture mixte, parfois appelée blended learning, n’est pas un compromis par défaut : c’est une réponse précise à la diversité des compétences qu’un parcours de formation continue cherche à développer.

En conclusion : sortir du débat de posture

La modalité de formation n’a de sens que rapportée à l’objectif pédagogique qu’elle sert. Présenter le distanciel comme un simple substitut économique au présentiel, ou au contraire défendre le présentiel comme seule modalité légitime, revient à ignorer que chaque format a une fonction propre.

Pour un organisme de formation, la vraie compétence d’ingénierie pédagogique consiste précisément à savoir arbitrer (compétence par compétence, public par public) plutôt qu’à trancher une bonne fois pour toutes entre deux options qui, en réalité, ne se substituent pas l’une à l’autre : elles se complètent.

Publié par

Anne-Claire COUVRAT

Directrice de l'Académie LX

Partager l'actualité

Recevez nos actualités

Lire la suite

Publié le 03.11.2026

Articles

L’appel provoqué en procédure civile

Lire la suite

Publié le 27.10.2026

Articles

Mention de l’appel incident dans les conclusions

Lire la suite

Publié le 27.10.2026

Articles

Jugement numérique : les nouveaux réflexes de l’avocat et du commissaire de justice